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L’architecture

Décidé en 1967 par le général de Gaulle, le Parc des Princes devait être consacré au football, au rugby et de capacité inférieure à 60 000 places. Un stade d'athlétisme serait construit sur l'emplacement du stade Pershing à Vincennes...

A cette époque, l'ancien Stade Vélodrome était condamné par le passage du boulevard périphérique. La proposition de le faire passer sous le stade fut acceptée par le Conseil de Paris, présidé par le Préfet Doublet.


Devant l'exigence de la loi Borotra imposant la non-destruction des espaces sportifs ou leur reconstruction, le défi de cette réalisation allait apparaître dans les recherches de l'architecte.

Les championnats de France se poursuivant, le projet choisi par la Direction des Sports de la Ville et le Ministère des Sports imposait une démolition partielle du stade existant et la continuité des matches.

L'architecte se trouva dans l'obligation de concevoir une structure pouvant être construite partiellement. Le programme de financement était incompatible avec l'exécution de la totalité du stade.

 

Trois tranches de travaux

Le projet devait être réalisé en trois tranches de travaux. Ces contraintes pour l'architecte étaient incontournables et étaient un défi technique et financier.

Le parti constructif fut recherché par Roger Taillibert (voir sa bio) avec ses collaborateurs et leur connaissance du génie civil et des possibilités techniques d'accéder à une nouvelle architecture.

Les règlements du béton n'autorisaient que des porte-à-faux de 20,00 m et nous étions à près de 50,00 m. De plus, le sectionnement par tranches constructives d'une architecture contemporaine exposait au public l'Art nouveau et la réalisation d'édifices préfabriqués en béton, ce matériau tant décrié. Ce fut l'utilisation de voussoirs précontraints avec une autorisation spéciale pour des porte-à-faux de 50,00 m.

La superposition des deux ouvrages, le stade sur le tronçon de périphérique, représentait la première contrainte. Les études furent effectuées à partir d'un prédimensionnement par l'architecte que l'entreprise sera obligée de respecter jusqu'à la fin du chantier.

Le chantier de Font-Romeu, réalisé en neuf mois, avait fait découvrir les infirmités de l'architecte devant l'entreprise et un bureau d'études dont la vocation sera toujours de faire reculer l'architecture. Ce ne fut pas le cas ici. L'entrepreneur dû suivre le dessin de l'architecte.

Les recherches étaient poussées très loin. Il restait un domaine important à traiter, l'écoulement des eaux de pluie ou de la neige. La courbure inversée de la toiture dans chaque angle du stade permit d'intégrer les évacuations à l'intérieur des portiques.

 

 Roger Taillibert
Président de l'Académie des Beaux Arts - 2004
Section III : ARCHITECTURE - Fauteuil IV
Élu membre de la section d’Architecture,
le 19 juin 1983, au fauteuil d’Eugène BEAUDOUIN

 

  • Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts
  • Diplôme d’Architecture (DPLG) décerné par le Gouvernement Français (1959)
  • Architecte en Chef des bâtiments Publics pour le Gouvernement Français (1967)
  • Architecte en Chef des bâtiments Civils et Palais Nationaux

 

Distinctions :

  • Médaille d’argent décernée par l’Académie d’Architecture pour ses recherches et ses applications pratiques (1971)
  • Médaille d’or de la Créativité Architecturale (1973)
  • Medaille des Structures (Société Française d’encouragement pour les Arts et l’Industrie) (1976)
  • Elu Membre de l’Institut de France – Académie des Beaux Arts (1983)
  • Commandeur de la « Légion d’Honneur » (1983)
  • Commandeur de « L’Ordre National du Mérite » (1983)
  • Commandeur des « Arts et Lettres » (1983)
  • Commandeur dans l’Ordre des « Palmes Académiques » (1983)
  • Chevalier dans l’ordre du mérite pour le Commerce et l’Industrie (2000)
  • Membre de l’Académie Française d’Architecture (2000)
  • Membre de la “Royal Society of Arts” de Grande-Bretagne (2000)
  • Membre de l'Académie Française des Sports
  • Membre de l'Académie Française des Arts des Rues
  • Membre du groupe New Thinking
  • Président de l'Académie des Beaux-Arts (2003)

 

Prix :

  • Grande Médaille du Sport, France (1972)
  • Prix National des Arts et de la Littérature (pour l’Architecture) (1973)
  • Prix Européen (1973)
  • Grand Prix Cembureau (1974-1976)
  • Grand Prix national d'Architecture, France (1976)
  • Premier Prix National d’Architecture (1977)
  • Grand Prix des Arts, Canada (1977)
  • Prix Elphège Baude (1977)
  • Médaille de l'Académie National des Sports, Italie (1977)
  • Grand Prix du Rayonnement Français (1982)
  • Laureat du Prix Européen d’Architecture Métallique (2000)
  • Médaille de Vermeil de la « Ville de Paris » (2000)
  • Médaille d’Or du Sport (2000)
  • Grand Prix of Europe Timber Structures

 

 

Des portiques auto stables

Ce dispositif exigea aussi de maîtriser la construction de portiques auto stables. C'est ainsi que tous les éléments verticaux présentent dans leur courbe extérieure un porte-à-faux de 7,00 m. Ce porte-à-faux nous permit d'équilibrer la pose des fléaux, les voussoirs étant maintenus par une précontrainte provisoire, puis par des câbles définitifs réalisant une précontrainte croisée dans les voussoirs de tête des portiques.

Lors du lancement des fléaux, un voussoir spécial avec joint maté recevait le premier voussoir, puis tous les autres se succédaient avec un brelage provisoire maintenant les pièces de 25 tonnes dans l'attente de la mise en place du câblage définitif.

Pour la première fois et, après de nombreuses discussions, Roger Taillibert supprima les mâts d'éclairage et intégra une galerie technique accessible pour les projecteurs ainsi que la sonorisation. C'était une très grande simplification pour l'entretien et pour la qualité de l'éclairage de l'aire de jeux et la télévision pouvait dominer la surface de jeu.

Des tribunes sur 2 niveaux

Les tribunes des gradins furent élaborées en deux niveaux, l'un en partie basse de 23 000 places, l'autre en partie supérieure de 27 000 places, sans spectateurs debout pour la sécurité totale du public, ceci à la demande du Président et du Service des Sports. Cette opération fut facilitée grâce à l'intelligence technique des ingénieurs du Ministère des Sports qui suivaient l'opération.

Forte de toutes ces difficultés déjà subies, l'équipe, architectes et ingénieurs, a prouvé qu'une architecture constructiviste pouvait être réalisée, faire un stade en béton. Le premier élément achevé sur un maillage de poutre recevant cette structure, la réalisation de la première tranche fut vite terminée.

Il est certain que le maillage de ces poutres fut important. Chaque poutre comportait 250m3 de béton et l'ancrage des portiques comportait un ferraillage spectaculaire nécessitant plus de 250kgs d'acier au m3.

En début de montage, un incident provenant de l'inobservation d'un ouvrier de Bouygues provoqua une vive émotion, puisque le lycée Claude Bernard fut évacué.

Le Parc des Princes, selon un article de Time Magazine paru au moment de l'inauguration (en 1972), a été considéré alors comme l'un des ouvrages les plus importants sur le plan de la qualité architecturale qui ait été réalisé à Paris depuis trente ans, avec le siège du parti communiste d'Oscar Niemeyer. Il représente une avancée exceptionnelle dans la grande tradition française de construction en béton armé, puis préfabriqué et précontrainte. A la même époque, le Stade Olympique de Munich, conçu par Günter Behnish, était édifié avec une technique totalement différente : structure métallique et couverture textile suspendue sur la moitié du stade.

> Deux conceptions différentes, deux images nouvelles, deux architectures fortes
C'est grâce à sa réalisation du Parc des Princes, que Roger Taillibert exportera outre Atlantique, quelques années plus tard, l'Architecture française en voussoirs précontraints, pour le complexe Olympique de Montréal.

> La constuction
Déjà en 1968, l'ordinateur a facilité les calculs d'exécution. Par contre, tout le projet architectural fut dessiné manuellement. Treize types de portiques différents composent le stade.

Cette période confirmait les possibilités de génie civil des très grandes portées utilisées dans l'architecture contemporaine, en France, au Japon et en Australie.

Roger Taillibert réalisa pour la première fois la technique de la précontrainte croisée en utilisant la connaissance des grands ouvrages d'Art, et en y intégrant des équipements techniques non visibles (éclairage).

> Généralités
Les voussoirs ont été préfabriqués dans une cellule installée à l'emplacement de l'actuelle pelouse de jeux et posés suivant une planification très stricte du chantier. Le stade est conçu sur un plan elliptique de 252 m x 191 m.

La structure des tribunes, implantée au plus près des limites des surfaces de jeux (Football et Rugby) est constituée de 52 portiques supportant deux tribunes de gradins en béton et une couverture métallique légère galvanisée et prélaquée entre les fléaux. Un bandeau technique horizontal relie des fléaux à l'aplomb des limites de la pelouse, incorporant les projecteurs d'éclairage du terrain et des tribunes et collectant les eaux pluviales.

 

 La géométrie du stade conduit à des portiques de hauteur variable en fonction de la longueur des fléaux et permet, avec l'inversion de leur pente dans les 4 angles, d'évacuer les eaux pluviales par des conduites inox de diamètre 300, incorporées dans les portiques.

Les deux niveaux de gradins des tribunes offrent aux spectateurs une vision sur le terrain de jeux, dégagée de tous supports de la couverture, ceux-ci étant rejetés en limite extérieure de l'arène. Ils sont équipés de sièges individuels.

L'incorporation des projecteurs dans le bandeau technique, de part et d'autre du terrain, permet de réaliser un éclairage homogène et sans ombres portées des joueurs et d'assurer des retransmissions télévisées de bonne qualité depuis des emplacements prévus pour les caméras et disposant de liaisons avec les cars techniques.



> Calendrier
Premier contact : septembre 1967.
Inauguration : 4 juin 1972.
Coût : 90 000 000 frs en 1972.
Béton : 77 000 m3.
Acier : 7 000 tonnes d'acier.
Acier : 600 tonnes précontraintes.


 

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